Stratégie, la nouvelle donne

Professeur Philippe Very sur les nouveaux enjeux de la stratégie dans l'ère numérique

 

Le numérique bouscule les modèles classiques de la planification stratégique dans les entreprises. La formation des futurs managers doit prendre en compte ces nouvelles règles du jeu.

Dans un environnement économique  traversé de profondes mutations, comment adapter l’enseignement de la stratégie, au cœur de la formation en management dispensée par le BBA EDHEC, programme bachelor d'EDHEC Business School ?
C’est l’une des questions dont s’est emparé le Pilab, laboratoire d’innovation lancé par l’EDHEC, en 2014, pour tester de nouvelles méthodes d’enseignement et les diffuser sur les différents campus du groupe.

« Les modèles d’analyse qui faisaient référence depuis une trentaine d’années, ceux-là même qui ont été développés dans les grandes universités américaines comme Harvard, ne permettent plus aujourd’hui de rendre compte de la réalité de certains secteurs d’activité, en particulier ceux liés aux technologies de l’information » constate Philippe Very, professeur spécialisé en stratégie à l’EDHEC Business School. 

Sortir des schémas classiques au travers de cas pratiques

Basés sur la planification stratégique, ces modèles classiques l’ont  emporté longtemps parce ils répondaient aux attentes d’analystes financiers qui ont besoin de données chiffrées, d’éléments tangibles et rassurants comme les business plans et les études de marché. S’ils restent adaptés pour certains secteurs d’activités, de nouvelles approches s’imposent pour prendre en compte les innovations disruptives qui ont fait émerger de nouveaux compétiteurs et de nouveaux intermédiaires.

C’est le cas par exemples des grandes plateformes de services comme Amazon dans le secteur du livre, Booking ou Airbnb dans le secteur hôtelier ou encore Uber dans celui des transports. Avec l’arrivée de ces nouveaux acteurs, les relations de pouvoir au sein d’un secteur d’activité changent, les entreprises traditionnelles et leur business modèles sont mis à mal.
« Prendre en compte cette redistribution des cartes dans notre enseignement de la stratégie passe par une approche différente qui ne sera pas basée sur la  seule planification, difficile à tenir. Plus que l’étude de modèles préétablis, nous privilégions avec nos étudiants une approche par cas concrets dans le cadre d’un enseignement non magistral .Cela permet de travailler sur les enseignements à tirer des différents cas pratiques » explique Philippe Very.

Cela ne signifie pas pour autant s’intéresser aux seules start-up mais aussi à des entreprises traditionnelles qui ont su s’adapter comme par exemple Les Trois Suisses qui à partir de leur expérience de vépéciste ont réussi tirer parti de leur expertise dans la logistique. Ce travail à partir de cas pratiques peut être mené en partenariat avec d’autres écoles pour associer plusieurs expertises.

C’est le cas dans le cadre du hackathon organisé une fois par an pour des étudiants de quatrième année du BBA EDHEC avec des étudiants de l’école d’informatique Epitech  et ceux de SDS (Sustainable Design School), école de design de Nice. Les étudiants travaillent en équipe sur un projet pour répondre à une problématique soumise par une entreprise avec pour objectif de bâtir et livrer des solutions. Ils bénéficient de l’accompagnement d’un coach et un cycle de conférences fournit le cadre théorique. Le prochain hackathon a lieu en novembre 2015.